
![]()
Le saccharose
couramment appelé sucre est utilisé depuis des siècles dans de nombreux
produits pour le goût sucré qu’il apporte.
Aujourd’hui, pour des raisons économiques,
nutritionnelles et/ou fonctionnelles, on cherche souvent à le substituer (en
partie ou en totalité) par d’autres ingrédients.
Mais, une
telle substitution nécessite de maîtriser l’ensemble des fonctions remplies par
le saccharose (pouvoir sucrant, abaissement d’Aw,…).
Un 1er dossier d’agro-jonction sera donc consacré aux différentes molécules intervenant dans la perception de la saveur sucrées, mais également aux différents rôles joués par le saccharose dans les aliments.
Un 2ème
dossier plus pratique abordera la substitution du saccharose dans les
différents secteurs d’application ainsi que les aspects réglementaires et un
guide des fournisseurs.
I – NATURE DES SUBSTANCES
SUCRANTES ET/OU DE CHARGE :
I.1 – Saccharose
et dérivés :
Saccharose :
Le saccharose est extrait de la betterave ou de la canne à sucre. Il peut être purifié (sucre blanc) ou non (sucre roux).
Le sucre roux
apporte une saveur et une couleur particulières avec ces impuretés (minéraux).
Il n’est d’ailleurs généralement pas utilisé à 100 %. On distingue le sucre
roux de canne (cassonade) du sucre roux de betterave (vergeoise)
Le saccharose
est disponible sous différentes granulométries (cristallisé, semoule, glace)
qui lui confèrent des propriétés différentes (solubilité, foisonnement,…)
Sur le plan
pratique, on distingue trois types de produits :
ý Les cristallisés dont la dimension du grain moyen
(OM) se situe entre 0,4 et 0,7 mm sont des sucres de base des secteurs de la
confiserie, chocolaterie et des produits céréaliers.
ý Les semoules dont les OM se situent entre 0,2 et
0,4 mm sont des sucres de structure, de support et d’enrobage.
ý Les glaces obtenues par broyage et tamissage très
fin dont l’OM est inférieur à 0,15 mn.
Le saccharose
est également commercialisé sous forme liquide ce qui permet automatisation et
standardisation du procédé, mais la forme liquide nécessite l’utilisation de
grosses quantités car la livraison se fait sous forme de citernes ou de big
(200 kg).
Ä Dérivés du saccharose :
Le saccharose
est un disaccharide de glucose et de fructose qui peut être hydrolysé en 2
molécules (figure 1).

Le mélange équimolaire ainsi
obtenu est appelé sucre inverti. Celui-ci est nettement plus soluble que le
saccharose et est très hygroscopique ce qui le rend très utile pour réguler
l’activité de l’eau dans les produits à humidité intermédiaire.
I.2 – Miel :
Le miel est un produit naturel qui est constitué essentiellement de fructose ce qui lui confère une saveur et une texture particulières :
Il peut se
présenter sous forme liquide ou cristallisée selon son origine.
Sa teneur en
eau est généralement de 23 %
I.3 – Lactose :
Le lactose est
le principal sucre du lait. Il est nettement moins soluble et moins sucrant que
le saccharose. L’intolérance au lactose est assez fréquente dans la population
adulte. Ces différents points peuvent être améliorés par l’hydrolyse du
lactose. Par hydrogénation, le lactose conduit au lactitol un des polyols
autorisés en Europe.
I.4 – Dérivés de l’amidon :
Ä Sirop de glucose et maltodextrines :
L’hydrolyse de
l’amidon va conduire à différents composés selon qu’elle est plus ou moins
poussée. Les produits d’hydrolyse sont caractérisés par leur dextrose
équivalent (DE) comme le montre la figure 2.

Figure 2 : Produits d’hydrolyse selon leur DE.
Remarques :
Les maltodextrines (DE < 20) existent uniquement
sous forme déshydratée
Les sirops de glucose (DE de 20 à 65) existent sous
2 formes (déshydratées ou non)
Il existe des sirops de glucose enrichis en fructose
(HFCS) qui contiennent 42 (composition proche du sucre inverti) ou même 55 % de
fructose
Le
dextrose correspond à l’hydrolyse maximum de l’amidon et existe sous 2
formes : monohydraté (il contient alors 9 % d’eau ou anhydre).
Ä Fructose et sirops :
Le
fructose peut être isolé à partir d’un mélange glucose / fructose (sucre
inverti ou HFCS) ou issu de l’hydrolyse de l’inuline, c’est le sucre le plus
sucrant. Il est très sensible à la température et est commercialisé sous forme
de sirop (de 42 à 85 % de fructose) ou cristallisé.
On dénombre six polyols
autorisés : le sorbitol, la mannitol, le xylitol, la maltitol, l’isomalt et le lactitol.
Les polyols ne
sont pas fermentescibles par les bactéries de la bouche et ne favorisent donc
pas la carie dentaire. Par contre, à fortes doses, ils peuvent avoir un effet
laxatif.
|
|
Saccharose |
Maltitol |
Lactitol |
Sorbitol |
Mannitol |
Xylitol |
Isomalt |
|
Pouvoir sucrant* |
1 |
0,9 |
0,3 |
0,5-0,6 |
0,4-0,5 |
1 |
0,5 |
|
Valeur**
énergétique (kj/g) |
17 |
12 |
8,5 |
17 |
17 |
17 |
8,5 |
|
Chaleur de dissolution J : g |
- 17 |
- 80 |
- 50 |
- 112 |
- 121 |
- 155 |
- 38 |
|
Hygroscopicité |
|
+ |
- |
+ |
- |
+ |
- |
Tableau n°1 : Principales caractéristiques des polyols comparées à celles du
saccharose.

Figure 3 :
Solubilité en fonction de la température (source : Le Bot 1992).
Figure 4 :
Hygroscopicité des formes cristallines (source)
Les valeurs
énergétiques diffèrent d’un polyol à l’autre (tableau 1) mais du point de vue
étiquetage nutritionnel, la CEE a fixé une valeur de 2,4 kcal/g pour tous les
polyols contre 4 kcal/ g pour le saccharose.
De même la
chaleur de dissolution varie selon le polyol. Il s’agit d’un paramètre
important puisqu’elle exprime le ‘’cooling
effect’’ : plus elle est négative, plus le polyol a un effet ‘’rafraîchissant’’ en bouche. Le xylitol est à ce niveau particulièrement
efficace.
Ceci doit être pondéré par
la solubilité à 37°C (figure 3) : le mannitol
a une chaleur de dissolution supérieure au sorbitol
mais est moins rafraîchissant compte tenu de sa faible solubilité.
Enfin, il faut
noter qu’il n’y a pas de relation entre l’hygroscopicité
d’un produit en solution (figure n°3) et celle de son état cristallin
(figure n°4). Ainsi, si le sorbitol
est un excellent humectant en solution, sa forme cristalline n’est pas très
hygroscopique.
Ces
différences entre les polyols conduiront à des applications différentes et les
propriétés fonctionnelles du saccharose et des polyols étant également
différentes, il sera nécessaire de les prendre en compte lors de la
substitution du saccharose par les polyols (différences de pouvoir humectant,
texturant,…).
I.5 – Les édulcorant intenses :
Comme les
polyols, 6 sont autorisés par la réglementation Européenne, leurs principales
caractéristiques sont reprises dans le tableau n°2. A noter, que ces édulcorant
intenses n’ont pas de pouvoir calorique ou s’ils en ont (Thaumatine et
Aspartame) les doses d’emploi sont tellement faibles que l’apport calorique est
négligeable.
|
Edulcorant |
Acesulfame K |
Aspartame |
Cyclamates |
Saccharine |
Thaumatine (Talin) |
Néohespéri dine |
|
Pouvoir sucrant (réf : saccharose) |
200 |
200 |
25-30 |
300-40 |
1500-2500 |
400-1500 |
|
Saveur sucrée |
Légère après saveur amère |
Proche saccharose |
Pas d’après saveur mais saveur parasite chimique |
Arrière goût métallique et chimique |
Saveur parasite de réglisse persistante 10-20 min |
Saveur parasite menthe/réglisse |
|
Stabilité |
Très bonne (résiste au moins 1 h à 120°C, pH4) |
Bonne à sec/ mauvaise en solution (perte de 20 % à
pH 3,6 en 5 mois à 20°C) |
Très bonne |
Relativement instable (perte de 4 % en 2 h à 100°C) |
Moyenne (jusqu’à 100°C pH 5,5) |
Bonne |
|
Solubilité |
Bonne (270 g dans1 l d’eau à 20°C) |
Fonction du pH (mini à pH 5,2) |
Très bonne |
Très bonne |
|
|
Tableau 2 : Caractéristiques des édulcorants autorisés en France.
Ces édulcorants intenses sont soumis à DJA*. La tendance depuis quelques années est
à l’utilisation de mélanges d’édulcorants qui agissent en synergie. La
thaumatine présente ainsi des synergies intéressantes avec les autres
édulcorants. Mais, c’est sans doute d’acésulfame K qui bénéficie le plus de ses
associations.
En
effet, l’acésulfame K présente des synergies intéressantes :
1°) Avec
l’aspartame : ces édulcorants ont des courbes temps /intensité différentes
et se combinent bien. En plus, on assiste à une compensation des pertes
d’aspartame au cours de la conservation.
2°) Avec les polyols : ceux-ci présentent souvent une saveur
sucrée fade qui est arrondie agréablement par l’acésulfame.
3°) Avec le saccharose : il augmente le pouvoir sucrant de ce
dernier de 13 %
A noter que les fournisseurs
s’orientent maintenant vers des mélanges ternaires comme par exemple, Cyclamate
(7,5) / Saccharose (1,25) / Aspartame (1).
I.6 – Agents de charge :
Les agents de charge regroupent des molécules diverses qui ont toutes en commun un faible pouvoir calorique et des propriétés fonctionnelles proches du saccharose (rétention d’eau, texturation,…). Les agents de charges sont donc utilisés pour substituer le saccharose en association avec les édulcorants intenses.
On trouve
dans cette catégorie :
. Le polydextrose : il s’agit d’un polynère de
dextrose qui possède une faible valeur calorique (1 kcal/ g) sans pouvoir
sucrant acariogène.
Il présente
des propriétés proches du saccharose :
. Son effet sur l’Aw est similaire
ou même un peu plus marqué
. En solution, sa viscosité est
légèrement supérieure au saccharose.
. L’abaissement du
point de congélation est légèrement plus faible qu’avec le saccharose.
Ä Les fructooligosaccharides :
(FOS)
Il
s’agit de mélanges d’oligoméres de saccharose. Comme pour le polydextrose
l’effet sur la viscosité et sur l’Aw des FOS est proche du saccharose mais les
FOS ont également un point de congélation proche du sucre.
Ä L’inuline :
L’inuline
constituée de molécules de fructose reliées entre elles est une fibre soluble
peu calorique (1 kcal/ g) extraite de
la chicorée.
Ä Les fibres alimentaires :
Il s’agit de polysaccharides présents naturellement dans
les végétaux qui ont un effet ‘’santé’’ notamment en agissant sur le transit
intestinal.
On distingue les fibres solubles
des fibres insolubles (tableau 3).
|
|
Fibres solubles |
Fibres insolubles |
|
Propriétés |
Anticholestérol |
Transit intestinal |
|
Valeur
énergétique |
Faible mais
existante (fermentation
intestinale AGV) |
Pratiquement nulle |
|
Valeur
fonctionnelle |
Propriété
épaississante liante,… Texture
lisse |
Absorption d’eau Texture sableuse (sauf traitement spécifique) |
Tableau 3 :
comparaison fibres solubles et insolubles.
II – ROLES :
L’utilisation
du saccharose n’a pas uniquement pour objet de donner un goût sucré aux
aliments et pour pouvoir le remplacer il est nécessaire de connaître les autres
fonctions qu’il remplit.
II.1 – Effet sur la conservation :
Les composés sucrés sont appelés ‘’dépresseurs d’activité de l’eau’’, c’est à dire qu’ils ont la propriété de lier l’eau de l’aliment la rendant ainsi moins disponible pour d’autres réactions et notamment pour le développement de micro-organismes.
Dans
le cas des confitures par exemple, la concentration en sucre est telle que l’Aw
se situe généralement autour de 0,8.
Selon
le composé utilisé l’effet sur l’Aw va être plus ou moins marqué, c’est
pourquoi on utilise un coefficient appelé Equivalent Saccharose (ES).
L’ES
est la quantité de saccharose (exprimée en g/g d’eau) qui donne une Aw
équivalente à celle obtenue avec 1 g du composé considéré / g d’eau.
Par
exemple, un ES de 2,5 pour l’acide tartrique signifie qu’un 1 g d’acide
tartrique donne la même Aw que 2,5 g de saccharose (/ g d’eau).
Les valeurs des ES des principaux ingrédients utilisés
dans les produits sucrés sont repris dans le tableau 3.
|
Composé |
ES |
|
Composé |
ES |
|
. Acide citrique ou
tartrique et leurs sels |
2,5 |
. Sel |
0 |
|
|
. Sirop de glucose 28DE |
0,7 |
. Dextrose anhydre |
1,3 |
|
|
. Sirop de glucose 40DE |
0,8 |
. Sucre inverti |
1,3 |
|
|
. Sirop de glucose 60DE |
1 |
. Fructose |
1,3 |
|
|
. Amidon |
0,8 |
. Lactose |
1,0 |
|
|
. Glycérol |
4,0 |
. Sorbitol |
2,0 |
Tableau 4 :
Pouvoir sucrant de différents composés.
II.2 – Goût sucré :
Non seulement la saveur sucrée varie en intensité
d’un sucre à l’autre mais elle apparaît également plus ou moins vite. Par
exemple, le fructose et le glucose atteignent plus rapidement leur intensité
maximale que le saccharose ce qui permet de mettre en place des synergies. Par
ailleurs la perception de la saveur sucrée va être modifiée par la présence
d’autres composés.
Ä Les acides :
Les acides confèrent à de nombreux produits une saveur acidulée recherchée comme par exemple dans les BRSA*,…
Mais, chaque acide possède sa propre note organoleptique.
Par exemple, l’acide malique présente un pic d’acidité qui apparaît plus que
tard que l’acide citrique et disparaît plus lentement. Cet effet prolongé va
lui permettre de masquer l’arrière goût amer de certains édulcorants. De plus,
cet acide agit en synergie avec les édulcorants intenses.
Autres
exemples, la GDL qui a la particularité de conférer très peu de saveur acide
permet de masquer les arrière goûts (métallique et chimique) de la saccharine.
Ä Les renforçateurs de
goût :
Divers
composés sont capables d’intensifier la saveur sucrée d’un aliment sans
possèdent eux même un goût sucré. Par contre, ils possèdent un arôme propre
type caramel. On peut les considérer comme des renforçateurs de goût sucrée.
Parmi ces
composés on trouve par exemple :
Le
maltol qui agit à des doses de 2 à 250 ppm
L’éthyl
maltol qui agit à des doses de 1 à 150 ppm
Le
furanéol : 12 ppm font percevoir une solution de saccharose à 9 % aussi
sucrée qu’une
solution
à 10%.
A
l’inverse, il existe des masqueurs de perception sucrée comme l’acide
gymnémique ou encore le lactisole à des
doses suffisamment fortes (150-200 ppm).
Le
rôle du saccharose sur la texture est primordial dans de nombreux produits
alimentaires : à titre d’exemples en agissant sur le point de congélation,
le sucre détermine la ‘’? des glaces’’ ou encore en augmentant l’extrait
sec dans la confiture il permet la gélification de la pectine.
Le
rôle texturant du saccharose sera détaillé dans le paragraphe applications.
II.4 – Couleur :
Les
composés sucrés lorsqu’ils sont chauffés vont pouvoir donner lieu à différentes
réactions de brunissement :
.
Réaction de Maillard lorsqu’il y a des protéines comme par exemple dans les pâtisseries.
.
Réactions de caramélisation, c’est à dire de polymérisation de sucres entre
eux.
Les possibilités d’obtenir les 2
réactions sont résumées dans le tableau 5 :
|
Nature du composé |
Possibilité de réaction |
|
|
De Maillard |
De caramélisation |
|
|
Saccharose |
Non |
Oui |
|
Fructose /
lactose |
Oui |
Oui |
|
Sirop de
glucose |
Oui ä Avec DE |
|